La ferveur du football et les fractures politiques ne font qu’un au Brésil, surtout à l’approche de la Coupe du Monde 2026. Alors que le sélectionneur Carlo Ancelotti vient tout juste de dévoiler sa liste officielle des 26 joueurs retenus pour le tournoi nord-américain, les choix sportifs se transforment déjà en véritables arguments de campagne. En coulisses, l’ombre du président actuel Lula et de son prédécesseur Jair Bolsonaro plane lourdement sur la Seleção.
Le retour surprise de Neymar Jr, qui a arraché sa place in extremis après un contre-la-montre physique intense sous le maillot de Santos, dépasse largement le cadre du rectangle vert.
La Seleção, un outil de communication de longue date
Au Brésil, le maillot jaune et vert (la Auriverde) est devenu un symbole politique puissant ces dernières années, notamment accaparé par les partisans de Jair Bolsonaro. L’ex-président de droite avait d’ailleurs bénéficié du soutien très affiché de Neymar lors de la dernière campagne présidentielle.
De son côté, le président de gauche Lula da Silva n’a jamais caché son exigence vis-à-vis de l’équipe nationale et de ses stars. Il avait récemment envoyé un message fort, rappelant que la sélection ne devait pas s’appuyer uniquement sur les statuts ou la réputation passée, mais privilégier les joueurs locaux performants et à 100 % de leurs capacités.
Carlo Ancelotti face aux pressions et aux symboles
Nommé pour ramener la sixième étoile au pays, Carlo Ancelotti se retrouve malgré lui au centre de ce jeu d’échecs politique. En choisissant de convoquer le « Prince » de Santos pour sa quatrième Coupe du Monde, le technicien italien sait que chacun de ses choix sera scruté au microscope par les deux camps politiques :
Pour le clan Bolsonaro, la présence et la réussite de Neymar sont perçues comme une victoire symbolique pour leurs couleurs.
Pour l’administration Lula, l’accent est mis sur la discipline collective. Ancelotti a d’ailleurs immédiatement calmé le jeu en conférence de presse en insistant sur le fait que « Neymar aurait les mêmes responsabilités que les 25 autres » et qu’il ne tolérerait « aucune star au-dessus du collectif ».
Alors que le pays reste profondément polarisé, les performances des hommes d’Ancelotti sur le terrain aux États-Unis, au Mexique et au Canada s’annoncent d’ores et déjà décisives pour le climat social et politique du Brésil. La quête de la « Hexa » (la 6e étoile) n’a jamais été aussi politique.


































































